COMMÉMORATION VERHAEGEN 2020

Il est d’usage que chaque année lors de la séance académique de la commémoration Verhaegen du 20 novembre le Grand Maître du Grand Orient de Belgique, Obédience dont Théodore Verhaegen fut en son temps membre et le premier maillet, prenne la parole en la Salle Gothique de l’Hôtel de Ville de Bruxelles. Cette année, cette manifestation ne fut pas possible et elle fut remplacée par un message intégré dans une vidéo plus large réalisée par les services de l’ULB-VUB.

      Allocution en vidéo

« Chers amis de l’ULB,
Cela m’est un grand honneur de pouvoir m’adresser à vous aujourd’hui, en tant que représentant du Grand Orient de Belgique, dans ces circonstances très particulières que nous connaissons aujourd’hui, et ce depuis les locaux du Musée Belge de la Franc-Maçonnerie. Mon intervention ne peut qu’être placée dans la perspective de la crise actuelle.
Prétendre que la pandémie de la COVID-19 nous a touchés de plein fouet est enfoncer une porte ouverte. Il nous est impossible d’estimer les dégâts que causeront les confinements successifs auxquels nous avons été et serons encore soumis, ainsi que les angoisses, les solitudes, les incertitudes accumulées et – pour plusieurs d’entre nous – les deuils pénibles. Mon premier devoir en tant que Franc-Maçon est d’exprimer ma compassion et ma solidarité avec tous les membres de nos communautés universitaires, ULB et VUB, qui souffrent de la crise mais qui la combattent aussi avec acharnement.
Mais en tant que Franc-Maçon, j’ai également le devoir d’inciter à réfléchir aux conséquences insidieuses voire destructrices et aux moyens de nous prémunir contre celles-ci. Comme déjà évoqué, il est extrêmement difficile de prévoir les conséquences de la crise de la COVID-19 quel que soit l’aspect de notre vie quotidienne considéré. Lors du premier confinement, nous avons accepté, de façon plus ou moins délibérée, une restriction non-autoritaire de nos libertés fondamentales. Il n’est pas dans mes propos de vouloir critiquer des mesures prises dans une situation d’urgence extrême. Elles furent nécessaires et notre devoir de citoyens était et est aujourd’hui encore de les suivre. Mais le fait est que certaines mesures ont été prises, créant même de nouvelles habitudes, contestables en regard de ces libertés, dont nous ne savons pas si un jour elles seront véritablement annulées voire supprimées.
Cette situation, associée à une montée des extrémismes politiques, à l’exacerbation des fanatismes religieux, à la négation des procédures démocratiques, aux mises à mal de l’état de droit, à la croissance immodérée de certains monopoles technologiques, à la remise en question d’acquits éthiques,… que ce soit chez nous ou dans des pays de l’Europe ou dans d’autres états démocratiques, doit mettre tous nos sens en éveil pour défendre les valeurs que la communauté ULB-VUB partage avec la communauté maçonnique, à savoir les principes de démocratie, de liberté, d’égalité, de fraternité, de solidarité et de tolérance. Le lâche et barbare assassinat de Samuel Paty, tout simplement parce que cet homme avait osé enseigner le sens critique et le droit à la liberté de penser et de s’exprimer, doit nous rappeler que ces valeurs que nous chérissons tant ne sont jamais définitivement acquises. Songeons à notre Frère Francisco Ferrer – particulièrement aujourd’hui où il nous était impossible de nous recueillir devant son monument – martyrisé avant lui pour ses idées d’enseignement basées sur l’émancipation de l’individu ; espérons que d’autres ne subissent jamais le même sort pour les mêmes raisons.
En ce jour de commémoration tronquée où il fut seulement possible à une petite délégation d’aller se recueillir au Tir National sur les tombes de nos Anciens, nous devons également nous réaliser que 2020 aurait dû être l’année où le 75ème anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale, de la victoire sur la barbarie nazie et de la libération des camps de la mort auraient dû être remémoré. Rien de cela n’a pu être extériorisé tel que cela aurait dû l’être. En particulier, les Frères du Grand Orient de Belgique eussent aimé se souvenir de leurs Frères emprisonnés dans les camps de concentrations dont celui d’Esterwegen où sept d’entre eux – dont des anciens étudiants de l’ULB – eurent le courage et la volonté intrépides d’y créer la Respectable Loge “Liberté Chérie”. Comme quoi nous ne devons jamais laisser l’espoir nous abandonner.
Nous, Francs-Maçons, vous membres de la communauté universitaire et surtout vous étudiants, qui sont notre avenir, ne pouvons jamais être suffisamment vigilants lorsqu’un dirigeant démocratiquement élu dénigre son propre système électoral, lorsqu’il refuse de reconnaître les résultats d’une élection démocratique et surtout lorsqu’il encourage perfidement des milices armées. Là sont les racines du fascisme, et le fascisme est ce qui fait remonter le pire en l’homme.
La Franc-Maçonnerie est une école de pensée adogmatique fondée sur le Libre Examen, c’est une méthode, mais c’est surtout une maison de valeurs dédiée à ce que nous appelons la construction du Temple de l’Humanité. Et c’est pour ces raisons que nous chérissons tellement nos enfants que sont l’ULB et la VUB.
Longue vie à l’Université Libre de Bruxelles. Et continuez de prendre soin de vous-même et de tous ceux qui vous sont chers.
J’ai dit. »
20/11/2020
Alain Cornet